Le « mariage gay », un business juteux pour les pros de l’événementiel ? | Formation Wedding Planner - Organisateur de mariage

Le « mariage gay », un business juteux pour les pros de l’événementiel ?

Alors que le débat sur le mariage de la rue échauffe les bancs de l’Assemblée après avoir agité la rue, certains en France préparent déjà leurs arguments… marketing. Le business du mariage « gay » pourrait-il dynamiser un marché déjà estimé à plus de 4,5 milliards d’euros? Enquête chez les professionnels.

Et si les noces arc-en-ciel rapportaient de l’or… En plein débat à l’Assemblée nationale sur l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe, l’aspect purement « business » de la question peut paraître anecdotique. Pourtant, l’impact économique de ce nouveau droit a déjà été étudié à l’étranger par le Williams Institute, un centre de recherche de l’Université de droit de Los Angeles qui s’est spécialisé dans les questions de société liées au genre et à l’orientation sexuelle. Celui-ci a chiffré le « gain » de la légalisation du mariage gay en Australie. Résultat : cela rapporterait 161 millions de dollars en trois ans, soit environ 119 millions d’euros, générés par les dépenses liées à la célébration (fête, voyage, cadeaux). Cette projection suppose qu’un peu plus de la moitié des 33.000 couples de même sexe comptabilisés décident de ce marier. Des prévisions équivalentes ont été réalisées dans certains Etats américains qui prévoient d’autoriser homosexuels à se marier. Dans l’Etat de Washington, au nord-ouest du pays, par exemple, l’impact économique de 9.500 mariages gays serait de 88 millions de dollars (65 millions d’euros). De quoi collecter jusqu’à 8 millions de dollars de taxes diverses en trois ans (6 millions d’euros).

Absence de statistiques

En France, aucune statistique de ce type n’existe. Impossible surtout de chiffrer exactement le nombre de couples homosexuels, et encore moins ce qui voudraient se marier, comme le souligne cette étude de l’Ined. Toutefois, à titre de comparaison, le nombre de personnes qui ont conclu un Pacs permet de se faire une idée de la « cible » que pourrait représenter cette population pour le marché du mariage. En 2010 (les derniers chiffres disponibles), 205.558 de ces contrats ont été conclu, dont 9.143 pour des couples de même sexe, soit un peu plus de 4,4%. Bien sûr, rien de permet d’affirmer que tous les couples homosexuels pacsés choisiraient de se marier s’ils en avaient possibilité.

Un marché à 4,5 milliards d’euros

Pour le contexte, il faut également tenir compte d’une tendance de fond: le nombre de mariages « classiques » tend à décliner. Une étude du cabinet Xerfi publiée en octobre 2011 indique ainsi que près il a chuté de près de 20% depuis 2000. Entre 2010 et 2013, le cabinet d’études tablait tout de même sur un chiffre d’affaires global de 4,5 milliards d’euros. Une somme qui correspond à de nombreuses activités allant de la distribution de robes et costumes, en passant par celle des bijoux, des fleurs, de la restauration, ou bien encore les activité des opérateurs de listes ou les voyagistes…

Une enveloppe plus élevée ?

Des professionnels de ce secteur flairent un filon et se préparent déjà à organiser des noces spécialement pour des couples homosexuels. C’est le cas par exemple de Thierry Pic, organisateur d’événements en Normandie, région souvent prise d’assaut par les Parisiens. « Le cahier des charges ne sera pas le même », prévoit-il, avec « un contenu plus festif » et un budget qui pourrait être un peu plus élevé. Même constat chez une autre organisatrice, Virginie Mention qui travaille sur ce créneau depuis 2010. Elle relève que, pour les fêtes organisées pour les couples homosexuels -soit 10 à 20% des célébrations qu’elle prépare- le budget peut tourner autour de 30.000 euros. « Voire davantage, car [ces couples] recherchent souvent des choses raffinées, notamment dans la décoration florale, ce qui augmente le tarif », commente-t-elle. Bien sûr, il ne s’agit que de constats empiriques qu’aucune étude plus globale n’est encore venue corroborer. Et, pour rappel, le budget moyen du mariage en France est d’environ 12.000 euros, selon des données de l’Insee. Un chiffre qu’il faut « prendre avec des pincettes dans la mesure où, dans certaines régions, notamment en Île-de-France, il faut compter sur un budget bien plus élevé pour la location des lieux de noces », explique Virginie Mention (Certifié organisatrice de mariage par l’école de wedding planner Jaelys). Pour 2013, cette dernière note en outre une absence totale de demandes pour des Pacs émanant de couple de même sexe, « peut-être parce qu’ils attendent de pouvoir se marier ».

Marketing communautaire

A destination de ces couples, certains affûtent déjà leurs arguments marketing. L’école de Wedding planner: JAELYS co-fondé par Jael Petit-Fournier a ainsi formé une dizaine de personnes qui ont choisi de se spécialiser dans le segment « gay-friendly ». Chez les autres organisateurs plus classiques, c’est même devenu un argument de vente.

A Nantes, Maëlle Louya (Certifié wedding planner par l’école d’organisateur de mariage Jaelys) qui lance sa société travaille sur un plan marketing spécialement destiné à la communauté gay. Pour trouver la vingtaine de couples qu’elle espère « marier », elle écume ainsi les bars, discothèques et autres lieux de rencontres estampillés « gay ». En Savoie, Emilie Rampal a fondé son entreprise de « wedding planner » au mois d’août et lancé son site internet au mois de septembre. Dès le début une offre spécialement adressée aux homosexuels est affichée. « Nous voulions tout de suite nous positionner par rapport à nos concurrents », raconte-t-elle.

L’un des leaders de la listes de mariage en France, 1001 Listes, a choisi lui de continuer « comme avant ». Sophie Alexandre, directrice générale adjointe du site le précise bien : « Nous ne faisons pas de marketing ciblé ». Il faut dire qu’elle n’en a pas vraiment besoin puisque des couples homosexuels « détournent déjà » l’une des options proposées. En effet, plutôt que s’inscrire dans rubrique « Mariage ou Pacs », des couples d’hommes ou de femmes opteraient plus volontiers pour la solution « cadeaux communs ».

Coup de pub

Mais Emilie Rampal est convaincue que ses concurrents ne vont pas tarder à suivre son exemple, et que les offres vont fleurir dès que la loi sera votée. « Peut-être attendent-ils avant de se lancer, de peur de vexer une partie de leur clientèle hétérosexuelle », avance-t-elle.

Pour les couples gays, elle propose une « cérémonie laïque » sans officiant religieux mais avec échange de vœux. Une formule qui « existe déjà depuis plusieurs années », note d’ailleurs Jael Petit-Fournier, co-directeur de l’école de wedding planner JAELYS. Surtout, pour justifier la précocité de son offre, la « wedding-planneuse » souligne que tout mariage nécessite d’anticiper « au moins douze mois à l’avance ». Certes, pour l’heure, seul un couple homosexuel a contacté son agence, et aucun contrat n’a été signé. « Ils souhaitaient se marier au mois de juin. Mais la loi, qu’on pensait être votée en octobre, ne l’est toujours pas », explique-t-elle. Donc, le mariage gay ne lui rapporte pas encore directement. Mais, sur le site internet de son agence, c’est la page « mariage gay » qui génère le plus de trafic. Quelque 60% des visiteurs arrivent sur son site via cette page. Un bon coup de pub donc..

Source: La Tribune: Marina Torre